The Making of Petal

La Création de Petal

Un fragment de fleur et une histoire tissée de fil rouge

Il y a des pièces que l’on planifie, et puis il y a celles qui s’imposent d’elles-mêmes. Petal appartenait à la seconde catégorie. Elle ne faisait pas partie de la vision initiale, mais elle a trouvé son chemin—au gré de découvertes inattendues, d’hésitations silencieuses et de moments d’absolue certitude.

À la recherche du tissu

Je n’avais pas prévu d’ajouter une pièce chaude à cette première collection. Mon attention était tournée vers une veste courte—quelque chose de léger, qui complèterait Kuki et Leaf tout en étant adapté à la météo lors du lancement.

Le 5 décembre 2024, la veille de mon anniversaire. J’étais en mission, à la recherche du tissu parfait pour la veste. Et c’est là que je l’ai vue.

Coup de foudre. Audacieuse, unique, inoubliable. Il y avait d’autres couleurs, mais seule la rouge m’a coupé le souffle. J’ai glissé mes doigts sur le tissu, sentant son poids, imaginant déjà tout ce qu’il pourrait devenir. Mais ma raison avait encore des doutes.

— “Impossible” dit elle, “on lance en février. Il fera plus chaud à ce moment-là, c’est presque le début du printemps.”

— “Oui, mais la météo n’est plus ce qu’elle était (bonjour, réchauffement climatique). On est en décembre et on sort avec une veste et un T-shirt.”

Ma raison n’avait pas dit son dernier mot.

— “Juste avant Ramadan… Les gens chercheront plus des tenues beldi.”

— “Ramadan, c’est parfait. C’est le moment où l’on sort le soir, où l’on se retrouve en famille, où l’on s’habille avec soin. Et les nuits restent fraîches.”

Un silence.

— “Tu marques un point… mais c’est risqué. Gardons ça pour l’année prochaine.”

— “Non,” a murmuré mon cœur. “Je ne peux pas attendre. Je la vois déjà.”

“3afak, bsh7al had toub?” Dit mon coeur à haute voix ✨✨

À la recherche d’une silhouette

Je suis rentrée avec cinq mètres de ce tissu, sachant qu’il était spécial sans encore savoir ce qu’il deviendrait exactement. J’ai pensé à une cape, mais pas une cape classique. Je voulais quelque chose de portable, qui irait à tout le monde, sculptural mais sans complication. Un vêtement qui puisse se superposer sur un manteau léger, un trench, un gilet, mais qui puisse aussi se suffire à lui-même avec une chemise ou un pull. Un intemporel qui marque bien sa présence, tout simplement.

Une fois la silhouette trouvée, j’en ai parlé à ma chère Ghitta—le génie créatif derrière Ghitta Studio, avec qui je partage l’espace de travail et un esprit de collaboration profond. Ensemble, nous donnons vie à de belles choses, fusionnant nos univers complémentaires pour les offrir mutuellement au monde.

Nous avons commencé le patron, et j’ai littéralement supplié Ghitta de tester directement sur le tissu, sans passer par une toile. Je ne pouvais pas attendre—il suffit de me voir en train de l’essayer en plein milieu du processus 😂😭. Elle était magnifique. D’un autre monde.

À la recherche de plus de tissu 👀

Je voulais alors chercher plus de tissu. Mais quand je suis retournée voir le fournisseur, le tissu avait disparu—quelqu’un l’avait déjà acheté. J’ai récupéré ce qui restait, à peine onze mètres. Pas assez.

J’ai cherché ailleurs, montrant l’échantillon à un autre fournisseur.

— “Vous avez déjà vu ce tissu ?”

Il l’a reconnu, m’a dit qu’il pouvait contacter son fournisseur. Mon espoir grandit. 

Le temps passe. Rien.

Lors de ma visite suivante, j’ai insisté. Il a appelé devant moi, mais apparemment, ce n’était pas la bonne couleur.

Je n’ai pas abandonné.

Il a demandé encore à un autre. Et enfin, il l’a trouvé—23 mètres qui m’attendaient à Tanger.

Ce tissu ne m’est pas juste venu. Je l’ai cherché comme un trésor perdu.

Et peut-être que c’est pour ça que Petal est différente. Elle n’était pas un choix facile, elle ne faisait pas partie du plan—elle a insisté pour exister.

Ce n’est que plus tard que j’ai compris pourquoi elle me semblait si familière. Pourquoi ce fil rouge m’attirait autant.

À la recherche du fil

Au même moment où je cherchais ce tissu, une exposition se déroulait à Paris : Red Threads of the Soul de Chiharu Shiota. C’était bouleversant—des fils rouges tissés à travers l’espace, entremêlés mais connectés, formant un univers de destin et de mémoire.

Et soudain, tout s’est éclairé.

Ce tissu m’attendait avant même que je ne sache que je le cherchais. Il me rappelait cette exposition, les connexions invisibles, la légende japonaise de l’akai ito—le fil rouge du destin qui relie ceux qui sont faits pour se rencontrer.

Le dernier détail ? La doublure en lin que j’ai trouvée pour Petal était noire texturée, parfaite pour maintenir sa forme sculpturale. Mais caché sur le bord du rouleau, à peine visible, courait un fil rouge.

Inutilisé. Inattendu. Simplement là.

En attente.

Certaines choses nous trouvent avant même que l’on sache qu’on les cherche.

Au Japon, on croit que certains d’entre nous sont destinés à être avec un partenaire particulier dans cette vie. Un fil rouge invisible relie nos doigts. Cela s'appelle le fil rouge du destin. En japonais, on dit : "Akai ito de musubareteru." Les personnes liées par ce fil feront partie de l'histoire de l'autre. Le fil peut s'emmêler ou se tendre, mais il ne se rompra jamais. Nos fils rouges peuvent nous relier à un grand ami, un professeur, un associé, un coéquipier ou un mentor. Nous faisons tous partie d'une tapisserie écarlate. Les fils rouges nous sont donnés à la naissance, mais c'est à nous de les tisser ensemble.

À la recherche du nom

Certains noms viennent facilement. D’autres prennent du temps. Petal appartenait à la seconde catégorie.

La nommer, ce n’était pas juste choisir un mot—c’était décider où elle appartenait.

D’un côté, elle était audacieuse, marquante, une déclaration—le genre de pièce qui ressemble à une Upgrade: une enveloppe qui sublime ce qu’il y a en dessous. Mais de l’autre, elle était un classique en devenir. 

Elle était comme un fil entre les deux collections.

Et là, tout d’un coup, c’était devenue une évidence. Petal.

Parce qu’un pétale est exactement cela—un pont entre deux états. Il fait partie de la fleur, mais il est le premier à tomber pour rejoindre la graine et nourrir sa terre. Il couvre, mais il révèle. Il porte le dernier souffle de l’éclosion, mais contient la promesse de la graine.

Et pour le coquelicot, ce cycle est encore plus profond.

Ses pétales sont rouges, mais en son cœur se cache une ombre. Et contrairement aux autres fleurs, le coquelicot se ressème seul. Il n’a pas besoin d’intervention, il continue, simplement. Ses pétales ne disparaissent pas, ils touchent la terre, nourrissent la graine.

Et Petal ? Elle fait pareil.

À la recherche de l’image

Si À la recherche du tissu était une traque, et À la recherche de la forme un processus d’affinement, alors À la recherche de l’image relevait d’autre chose. C’était aérien, comme Petal elle-même—un moment qui s’est simplement produit, sans effort, sans résistance.

La veille, j’ai appelé mon ami Mohcine Jannani pour lui demander s’il était libre. Sa réponse m’a fait sourire.

— “Tu as probablement de la chance, tu es probablement aimée de Dieu, parce que tu m’appelles juste le jour où je suis libre et où je suis à Casablanca. Je voyage demain.”

— “Je sais qu’Allah m’aime.” J’ai ri.

Il m’a demandé quelle était ma vision pour les photos. Je lui ai envoyé mon moodboard. Le plan était clair :

Pour Kuki et Leaf – Les Jardins Exotiques de Bouknadel, un décor luxuriant et onirique.

• Pour Petal – rien. Pas de moodboard, pas d’inspiration précise. Juste quelque chose de totalement différent. Pas de verdure, pas de distractions. Minimal, ouvert, presque en apesanteur. Je lui ai dit : “Je veux la sensation d’un pétale de fleur balayé par le vent, tombant vers la terre.”

Le lendemain, je me suis préparé le matin et j’ai quitté Casablanca vers 2pm. Le soleil brillait, doré et éclatant. Nous avons capturé Kuki et Leaf aux jardins exotiques pendant deux heures.

Puis, à 6pm, le changement s’est produit.

En quittant les jardins et en nous tournant vers Petal, le ciel a changé. Une lumière douce, brumeuse, diffuse s’est installée. C’était subtil, mais indéniable. L’atmosphère exacte dont nous avions besoin.

Nous n’avions pas encore de lieu précis pour Petal. J’ai pensé au Grand Théâtre de Rabat, mais nous n’étions pas sûrs de pouvoir y tourner. Le trafic nous ralentissait. Mohcine, toujours rapide à s’adapter, a suggéré un détour. Et sur cette route, nous avons croisé Chellah.

— “On n’a pas beaucoup de temps avec cette lumière,” a-t-il dit. “On tourne ici.”

C’était parfait.

À 18h35, j’ai enfilé Petal. Mohcine l’a vue pour la première fois. Il s’est arrêté un instant. Puis, il a souri.

— “C’est comme une bombe. Ta créativité vient d’éclater avec cette pièce. Wow !”

On a ri, parce qu’on l’a senti tous les deux. Ce n’était pas juste une pièce de plus. Elle était autre chose.

Nous avons trouvé un passage piéton fraîchement peint, net sur l’asphalte. Le contraste était parfait—Petal flottant comme en suspension. Puis, nous avons levé les yeux vers le ciel, capturant le vent, le mouvement, la descente légère.

Et enfin, La Muraille de Chellah. Un simple mur en terre cuite, fait de sol. Ce n’était pas prévu, mais c’était juste.

Une pièce sur un pétale tombant à terre, capturée devant un mur de terre. Un cycle qui se referme.

En 30 minutes, tout était là.

Tout a semblé facile. Naturel. Léger.

Peut-être que c’est ça, la magie de Petal—chaque étape de son histoire, du tissu à la forme, du nom à l’image, portait un sens.

Mohcine a compris cela sans que j’aie besoin de l’expliquer. Nous avons déjà travaillé ensemble, depuis l’époque de The Cherry Blossom, et nous captons mutuellement nos visions. Il m’a appelée il y a quelques mois pour me dire qu’il était de retour au Maroc après un long séjour à l’étranger. Lorsqu’on s’est retrouvés, je lui ai montré la collection, les vidéos, les images. Il m’a dit quelque chose qui m’est resté :

— “J’ai toujours voulu voir à quoi ressemblerait une marque par toi. Parce que tu es une marque à toi seule.”

Ça voulait tout dire.

Petal existe désormais—pas seulement comme un vêtement, mais comme une histoire, une vision, une image.

Un fil rouge tissé à travers le temps, retrouvé exactement là où il devait être.

À la recherche du tissu

Je n’avais pas prévu d’ajouter une pièce chaude à cette première collection. Mon attention était tournée vers une veste courte—quelque chose de léger, qui complèterait Kuki et Leaf tout en étant adapté à la météo lors du lancement.

Le 5 décembre 2024, la veille de mon anniversaire. J’étais en mission, à la recherche du tissu parfait pour la veste. Et c’est là que je l’ai vue.

Coup de foudre. Audacieuse, unique, inoubliable. Il y avait d’autres couleurs, mais seule la rouge m’a coupé le souffle. J’ai glissé mes doigts sur le tissu, sentant son poids, imaginant déjà tout ce qu’il pourrait devenir. Mais ma raison avait encore des doutes.

— “Impossible” dit elle, “on lance en février. Il fera plus chaud à ce moment-là, c’est presque le début du printemps.”

— “Oui, mais la météo n’est plus ce qu’elle était (bonjour, réchauffement climatique). On est en décembre et on sort avec une veste et un T-shirt.”

Ma raison n’avait pas dit son dernier mot.

— “Juste avant Ramadan… Les gens chercheront plus des tenues beldi.”

— “Ramadan, c’est parfait. C’est le moment où l’on sort le soir, où l’on se retrouve en famille, où l’on s’habille avec soin. Et les nuits restent fraîches.”

Un silence.

— “Tu marques un point… mais c’est risqué. Gardons ça pour l’année prochaine.”

— “Non,” a murmuré mon cœur. “Je ne peux pas attendre. Je la vois déjà.”

“3afak, bsh7al had toub?” Dit mon coeur à haute voix ✨✨

À la recherche d’une silhouette

Je suis rentrée avec cinq mètres de ce tissu, sachant qu’il était spécial sans encore savoir ce qu’il deviendrait exactement. J’ai pensé à une cape, mais pas une cape classique. Je voulais quelque chose de portable, qui irait à tout le monde, sculptural mais sans complication. Un vêtement qui puisse se superposer sur un manteau léger, un trench, un gilet, mais qui puisse aussi se suffire à lui-même avec une chemise ou un pull. Un intemporel qui marque bien sa présence, tout simplement.

Une fois la silhouette trouvée, j’en ai parlé à ma chère Ghitta—le génie créatif derrière Ghitta Studio, avec qui je partage l’espace de travail et un esprit de collaboration profond. Ensemble, nous donnons vie à de belles choses, fusionnant nos univers complémentaires pour les offrir mutuellement au monde.

Nous avons commencé le patron, et j’ai littéralement supplié Ghitta de tester directement sur le tissu, sans passer par une toile. Je ne pouvais pas attendre—il suffit de me voir en train de l’essayer en plein milieu du processus 😂😭. Elle était magnifique. D’un autre monde.

À la recherche de plus de tissu 👀

Je voulais alors chercher plus de tissu. Mais quand je suis retournée voir le fournisseur, le tissu avait disparu—quelqu’un l’avait déjà acheté. J’ai récupéré ce qui restait, à peine onze mètres. Pas assez.

J’ai cherché ailleurs, montrant l’échantillon à un autre fournisseur.

— “Vous avez déjà vu ce tissu ?”

Il l’a reconnu, m’a dit qu’il pouvait contacter son fournisseur. Mon espoir grandit. 

Le temps passe. Rien.

Lors de ma visite suivante, j’ai insisté. Il a appelé devant moi, mais apparemment, ce n’était pas la bonne couleur.

Je n’ai pas abandonné.

Il a demandé encore à un autre. Et enfin, il l’a trouvé—23 mètres qui m’attendaient à Tanger.

Ce tissu ne m’est pas juste venu. Je l’ai cherché comme un trésor perdu.

Et peut-être que c’est pour ça que Petal est différente. Elle n’était pas un choix facile, elle ne faisait pas partie du plan—elle a insisté pour exister.

Ce n’est que plus tard que j’ai compris pourquoi elle me semblait si familière. Pourquoi ce fil rouge m’attirait autant.

À la recherche du fil

Au même moment où je cherchais ce tissu, une exposition se déroulait à Paris : Red Threads of the Soul de Chiharu Shiota. C’était bouleversant—des fils rouges tissés à travers l’espace, entremêlés mais connectés, formant un univers de destin et de mémoire.

Et soudain, tout s’est éclairé.

Ce tissu m’attendait avant même que je ne sache que je le cherchais. Il me rappelait cette exposition, les connexions invisibles, la légende japonaise de l’akai ito—le fil rouge du destin qui relie ceux qui sont faits pour se rencontrer.

Le dernier détail ? La doublure en lin que j’ai trouvée pour Petal était noire texturée, parfaite pour maintenir sa forme sculpturale. Mais caché sur le bord du rouleau, à peine visible, courait un fil rouge.

Inutilisé. Inattendu. Simplement là.

En attente.

Certaines choses nous trouvent avant même que l’on sache qu’on les cherche.

Au Japon, on croit que certains d’entre nous sont destinés à être avec un partenaire particulier dans cette vie. Un fil rouge invisible relie nos doigts. Cela s'appelle le fil rouge du destin. En japonais, on dit : "Akai ito de musubareteru." Les personnes liées par ce fil feront partie de l'histoire de l'autre. Le fil peut s'emmêler ou se tendre, mais il ne se rompra jamais. Nos fils rouges peuvent nous relier à un grand ami, un professeur, un associé, un coéquipier ou un mentor. Nous faisons tous partie d'une tapisserie écarlate. Les fils rouges nous sont donnés à la naissance, mais c'est à nous de les tisser ensemble.

À la recherche du nom

Certains noms viennent facilement. D’autres prennent du temps. Petal appartenait à la seconde catégorie.

La nommer, ce n’était pas juste choisir un mot—c’était décider où elle appartenait.

D’un côté, elle était audacieuse, marquante, une déclaration—le genre de pièce qui ressemble à une Upgrade: une enveloppe qui sublime ce qu’il y a en dessous. Mais de l’autre, elle était un classique en devenir. 

Elle était comme un fil entre les deux collections.

Et là, tout d’un coup, c’était devenue une évidence. Petal.

Parce qu’un pétale est exactement cela—un pont entre deux états. Il fait partie de la fleur, mais il est le premier à tomber pour rejoindre la graine et nourrir sa terre. Il couvre, mais il révèle. Il porte le dernier souffle de l’éclosion, mais contient la promesse de la graine.

Et pour le coquelicot, ce cycle est encore plus profond.

Ses pétales sont rouges, mais en son cœur se cache une ombre. Et contrairement aux autres fleurs, le coquelicot se ressème seul. Il n’a pas besoin d’intervention, il continue, simplement. Ses pétales ne disparaissent pas, ils touchent la terre, nourrissent la graine.

Et Petal ? Elle fait pareil.

À la recherche de l’image

Si À la recherche du tissu était une traque, et À la recherche de la forme un processus d’affinement, alors À la recherche de l’image relevait d’autre chose. C’était aérien, comme Petal elle-même—un moment qui s’est simplement produit, sans effort, sans résistance.

La veille, j’ai appelé mon ami Mohcine Jannani pour lui demander s’il était libre. Sa réponse m’a fait sourire.

— “Tu as probablement de la chance, tu es probablement aimée de Dieu, parce que tu m’appelles juste le jour où je suis libre et où je suis à Casablanca. Je voyage demain.”

— “Je sais qu’Allah m’aime.” J’ai ri.

Il m’a demandé quelle était ma vision pour les photos. Je lui ai envoyé mon moodboard. Le plan était clair :

Pour Kuki et Leaf – Les Jardins Exotiques de Bouknadel, un décor luxuriant et onirique.

• Pour Petal – rien. Pas de moodboard, pas d’inspiration précise. Juste quelque chose de totalement différent. Pas de verdure, pas de distractions. Minimal, ouvert, presque en apesanteur. Je lui ai dit : “Je veux la sensation d’un pétale de fleur balayé par le vent, tombant vers la terre.”

Le lendemain, je me suis préparé le matin et j’ai quitté Casablanca vers 2pm. Le soleil brillait, doré et éclatant. Nous avons capturé Kuki et Leaf aux jardins exotiques pendant deux heures.

Puis, à 6pm, le changement s’est produit.

En quittant les jardins et en nous tournant vers Petal, le ciel a changé. Une lumière douce, brumeuse, diffuse s’est installée. C’était subtil, mais indéniable. L’atmosphère exacte dont nous avions besoin.

Nous n’avions pas encore de lieu précis pour Petal. J’ai pensé au Grand Théâtre de Rabat, mais nous n’étions pas sûrs de pouvoir y tourner. Le trafic nous ralentissait. Mohcine, toujours rapide à s’adapter, a suggéré un détour. Et sur cette route, nous avons croisé Chellah.

— “On n’a pas beaucoup de temps avec cette lumière,” a-t-il dit. “On tourne ici.”

C’était parfait.

À 18h35, j’ai enfilé Petal. Mohcine l’a vue pour la première fois. Il s’est arrêté un instant. Puis, il a souri.

— “C’est comme une bombe. Ta créativité vient d’éclater avec cette pièce. Wow !”

On a ri, parce qu’on l’a senti tous les deux. Ce n’était pas juste une pièce de plus. Elle était autre chose.

Nous avons trouvé un passage piéton fraîchement peint, net sur l’asphalte. Le contraste était parfait—Petal flottant comme en suspension. Puis, nous avons levé les yeux vers le ciel, capturant le vent, le mouvement, la descente légère.

Et enfin, La Muraille de Chellah. Un simple mur en terre cuite, fait de sol. Ce n’était pas prévu, mais c’était juste.

Une pièce sur un pétale tombant à terre, capturée devant un mur de terre. Un cycle qui se referme.

En 30 minutes, tout était là.

Tout a semblé facile. Naturel. Léger.

Peut-être que c’est ça, la magie de Petal—chaque étape de son histoire, du tissu à la forme, du nom à l’image, portait un sens.

Mohcine a compris cela sans que j’aie besoin de l’expliquer. Nous avons déjà travaillé ensemble, depuis l’époque de The Cherry Blossom, et nous captons mutuellement nos visions. Il m’a appelée il y a quelques mois pour me dire qu’il était de retour au Maroc après un long séjour à l’étranger. Lorsqu’on s’est retrouvés, je lui ai montré la collection, les vidéos, les images. Il m’a dit quelque chose qui m’est resté :

— “J’ai toujours voulu voir à quoi ressemblerait une marque par toi. Parce que tu es une marque à toi seule.”

Ça voulait tout dire.

Petal existe désormais—pas seulement comme un vêtement, mais comme une histoire, une vision, une image.

Un fil rouge tissé à travers le temps, retrouvé exactement là où il devait être.